Le métier de meunier : une pratique vivante

Le maître meunier du moulin Légaré verse de la farine dans un tamiseur.

De retour après une pause de deux ans, les Journées des moulins se dérouleront du 1er au 3 juillet 2022 à la grandeur du Québec. Pour souligner l’occasion, l’assistant-meunier Martin Trudel vous propose de découvrir les dessous du métier de meunier tel qu’il s’exerce encore aujourd’hui au moulin Légaré.

Le 24 juin dernier, la meunerie artisanale a officiellement été désignée comme élément du patrimoine immatériel québécois. De nos jours, le métier de meunier se pratique dans une dizaine de moulins artisanaux à travers le Québec, dont le moulin Légaré. Bien qu’il soit vieux de plusieurs siècles, le métier de meunier est une pratique bien vivante qui continue d’évoluer et de se transformer.

Dans cet article, il sera question de santé et sécurité dans le moulin, de l’entretien et de la réparation des mécanismes, ainsi que de la transmission du métier de meunier.

La santé et la sécurité dans un moulin artisanal

Les enjeux de santé et sécurité sont sans aucun doute l’un des facteurs ayant le plus fait évoluer la pratique du métier de meunier au cours des dernières années.

Le moulin Légaré, un endroit dangereux?

Au moulin Légaré, les espaces auxquels les clients et les visiteurs ont accès sont sans danger. Ce n’est toutefois pas le cas pour les meuniers, pour qui les risques sont omniprésents. Parmi les dangers auxquels s’exposent quotidiennement les meuniers, on peut penser aux nombreux escaliers, aux endroits qui ne sont accessibles que par une échelle comme la chambre d’eau, ou encore aux appareils et mécanismes lorsqu’ils sont en mouvement.

Malheureusement pour les meuniers, la poussière de farine peut provoquer un asthme professionnel qu’on surnomme l’asthme du boulanger. Cette maladie peut survenir à n’importe quel moment au cours de la carrière d’un meunier, selon sa tendance à la développer et son taux d’exposition à la farine.

Les meuniers du moulin Légaré portent un masque antipoussière lorsqu’ils produisent ou ensachent de la farine. (Patrimoine culturel Vieux-Saint-Eustache)

La poussière de farine de blé est également une poussière combustible. En effet, lorsque la concentration de poussière de farine dans l’air atteint 50 g/m3, celle-ci peut s’enflammer et produire une explosion. Il est cependant peu probable qu’un tel événement survienne au moulin Légaré puisque sa production demeure artisanale.

Patrimoine et sécurité

Les meuniers font de leur mieux afin de conserver les savoir-faire qui leur ont été transmis depuis plusieurs générations. Cependant, la préservation de leur santé et de leur sécurité est encore plus primordiale car advenant un grave incident, c’est la chaîne de transmission de la pratique qui se brise. Au fil des années, avec l’aide de plusieurs intervenants, les meuniers et les gestionnaires du moulin Légaré ont établi des procédures de travail, reçu des formations et fait l’acquisition des équipements de protection individuelle nécessaires pour effectuer leurs tâches en toute sécurité et en respectant au maximum l’intégrité du bâtiment et des savoir-faire.

L’entretien et la réparation des mécanismes

Les meuniers consacrent de nombreuses heures à l’entretien et à la réparation des mécanismes du moulin Légaré. Lorsque c’est possible, ils utilisent les mêmes méthodes que leurs prédécesseurs. Toutefois, ils ont aussi parfois recours à des méthodes et des outils plus modernes en raison de la législation et pour des raisons d’efficacité.

Entre continuité…

Au moulin Légaré, plusieurs savoir-faire sont toujours pratiqués selon les méthodes ancestrales. Parmi ceux-ci, on retrouve l’arcançon, une résine utilisée pour garantir l’adhérence des courroies aux poulies. Les courroies sont d’ailleurs toujours nouées à l’ancienne avec des lacets de cuir. À chaque printemps, le piquage des meules est fait à la main avec des pics de meuniers plutôt qu’avec des outils pneumatiques.

… et évolution

Parfois, les meuniers utilisent des méthodes et des outils plus modernes. Par exemple, ils utilisent un aspirateur antidéflagration pour récupérer la farine et nettoyer les mécanismes afin d’éviter au maximum la présence de farine dans l’air. Les pics de meunier qui servent au piquage des meules sont dorénavant munis de pointes de carbure, ce qui les rend plus durables.

Un pic de meunier. (Patrimoine culturel Vieux-Saint-Eustache)

Les meuniers doivent trouver un juste milieu entre la conservation des savoir-faire traditionnels, l’efficacité et le respect des règles de santé et sécurité, ainsi que celles d’hygiène et de salubrité.

La transmission des savoir-faire

La transmission des savoir-faire occupe une place primordiale au moulin Légaré. En effet, elle joue un rôle essentiel dans la préservation de la pratique artisanale du métier de meunier. Étant donnée la rareté du métier et de la quantité de connaissances et de savoir-faire que possède un meunier, la meilleure méthode de transmission à ce jour reste l’enseignement d’un maître à un apprenti.

Le compagnonnage

C’est par le compagnonnage que le métier de meunier se transmet depuis des centaines d’années. Le maître meunier Daniel Saint-Pierre travaille au moulin Légaré depuis 1987. Il a appris le métier auprès de Philippe Légaré, dont le père, le meunier Magloire Légaré, a acheté le moulin qui porte aujourd’hui son nom en 1924. À cet enseignement se sont ajoutés les conseils d’autres meuniers et beaucoup de pratique!  Depuis 2011, Daniel transmet ses connaissances à son apprenti Martin Trudel.

Au moulin Légaré, le compagnonnage prend la forme d’une formation à long terme qui se fait étape par étape. Le maître enseigne d’abord à son apprenti les tâches de base comme l’ensachage de la farine, le ménage du moulin et le service à la clientèle. Après quelque temps, il lui enseigne les étapes de productions de la farine, puis l’entretien et la réparation des mécanismes du moulin. La transmission prend la forme d’un travail d’équipe et de partage.

On parle souvent des « meuniers » du moulin Légaré. En réalité, il n’y a qu’un seul meunier au moulin Légaré : Daniel Saint-Pierre. En effet, le titre de meunier est accordé uniquement à la personne responsable du moulin. Les autres personnes travaillant au moulin portent le titre d’apprenti ou d’assistant, comme c’est le cas pour Martin Trudel.

Une pratique qui évolue

La pratique artisanale du métier de meunier est en constante évolution. La transmission des savoir-faire permet de conserver les méthodes ancestrales, mais celles-ci doivent continuellement s’adapter aux conditions actuelles. Cette évolution se fait d’ailleurs en parallèle dans chacun des moulins artisanaux encore en fonction au Québec.

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