Au « fonds » des choses : plongée au cœur des archives – II

Sylvain H. Boileau, photographe

Vieilles photographies, cartes postales anciennes, lettres manuscrites… Dans cette série de trois articles, Sandrine Contant-Joannin, ethnologue et chargée de projets, lève le voile sur une collection et un fonds d’archives traités par Patrimoine culturel Vieux-Saint-Eustache. Détrompez-vous, les archives ne sont pas que de vieilles boîtes poussiéreuses! C’est plutôt un matériau bien vivant et bien parlant pour qui sait le lire…

Image en vignette : Pêche sur la glace sur la rivière des Mille-Îles, circa 1987. (Ville de Saint-Eustache. Services des archives. Fonds Sylvain H. Boileau.)

Forte de mon expérience avec la collection de cartes postales d’Émélia Lefebvre Granger, on pourrait penser que les archives n’avaient plus de secret pour moi. C’est ce que j’ai aussi pensé… pendant une bonne journée! En voyant les multiples boîtes de négatifs, de photographies et de diapositives qui allaient constituer le fonds Sylvain H. Boileau, il a fallu me rendre à l’évidence : j’en avais encore beaucoup à apprendre. Ce sont d’abord et avant tout les rencontres avec le créateur du fonds qui ont été instructives dans le cadre de ce projet.

Ancien photographe des journaux locaux de la région, Sylvain H. Boileau souhaitait léguer l’ensemble de sa production physique à un organisme qui pouvaient l’archiver. C’est grâce aux réseaux sociaux que Patrimoine culturel Vieux-Saint-Eustache (PCVSE) a été mis en contact avec lui. En collaboration avec la Ville de Saint-Eustache, PCVSE a pris les mesures nécessaires afin de préserver les milliers d’images de M. Boileau et de les rendre accessibles. Les documents en question allaient devenir un fonds d’archives conservés dans les locaux du service des archives de la Ville de Saint-Eustache.

Pour qu’un ensemble de documents soit considéré comme un fonds d’archives, il faut :

  • Que tous les documents qu’il comporte aient été produits ou reçus par une personne, une famille ou une organisation et proviennent du même endroit;
  • Que les documents aient été réunis dans le cadre de l’activité de la personne, de la famille ou de l’organisation. En ce sens, on parle de documents réunis de manière naturelle ou « [d]’ensemble organique de documents ». 

Ainsi, contrairement à la collection, qui se constitue de manière intentionnelle (on peut ici penser à la collection d’Émélia Lefebvre Granger, qui a choisi de garder certaines cartes postales), le fonds d’archives ne repose pas sur un processus de sélection fait par un individu ou une organisation. De plus, tout ce qui le compose partage la même provenance.

Une partie du fonds Sylvain H. Boileau. (Patrimoine culturel Vieux-Saint-Eustache)

Le fonds Sylvain H. Boileau est entièrement constitué de photographies prises par le photographe entre 1975 et 1989, alors que le photographe travaillait pour divers journaux locaux du comté de Deux-Montagnes et des environs. Les photographies couvrent un grand nombre d’évènements de l’actualité locale et régionale. Carnavals, fêtes, mariages, ouvertures de commerces, accidents, rénovations de bâtiments… tout y passe. Je n’ai pas encore effectué le compte final, mais le fonds contiendrait plus de 30 000 négatifs, près de 1 500 photographies ainsi que quelques dizaines de diapositives. Selon mes savants calculs, on pourrait sans difficulté se rendre du moulin Légaré à l’église de Saint-Eustache en mettant toutes les images bout à bout! 

Carnaval de Pointe-Calumet, 1987. (Ville de Saint-Eustache. Service des archives. Fonds Sylvain H. Boileau.)
Carnaval de Mirabel, 1987. (Ville de Saint-Eustache. Service des archives. Fonds Sylvain H. Boileau.)

Lorsqu’on classe un fonds d’archives, il est important de respecter l’ordre du créateur et présenter le cadre de création des documents. Dans le cas qui nous intéresse, j’avais la chance non seulement d’avoir à faire à un professionnel bien ordonné, mais aussi de pouvoir discuter directement avec lui de ses méthodes de classement et de son parcours. Cela allait me permettre de contextualiser et de mieux comprendre les images que j’avais devant moi. Et, il n’y a pas à dire, le photographe a véritablement un parcours hors du commun.

Né en 1952 à Oka, Sylvain H. Boileau est devenu photographe pour les journaux grâce au hasard et, comme il le dit lui-même, à son audace. Polyvalent, Sylvain H. Boileau a occupé différents postes en restauration et a travaillé à la mine d’Oka, notamment à titre de surveillant de nuit et de chauffeur. Au milieu des années 1970, il souhaite essayer autre chose. C’est alors qu’une bonne journée, en lisant le journal, il voit une annonce : L’Éveil recherche un photographe.

Sylvain H. Boileau a fait très peu de photographie dans sa vie, mais qu’à cela ne tienne! Il est suffisamment intéressé pour avoir envie de se lancer. Il décide d’aller voir le propriétaire du journal, Jean-Claude Langlois, et se montre assez convaincant pour être embauché. Il ne lui reste maintenant… qu’à apprendre à pendre des photos!

Prise à la fin des années 1970, cette photo de Sylvain H. Boileau fut publiée chaque semaine alors qu'il travaillait pour le journal L'Éveil. (Collection privée de Sylvain H. Boileau.)

Débrouillard, il s’informe auprès d’amis qui font de la photographie, il lit sur le sujet et, bien sûr, il pratique et « apprend sur le tas ». Il se procure tous les livres publiés par le photographe Antoine Desilets, qui est, selon lui, « le king de la photo » de l’époque. Photographe notamment pour les quotidiens La Presse et Le Jour, Antoine Desilets a publié près d’une dizaine d’ouvrages sur la photographie dont Apprenez la photographie et La technique de la photo. Il a influencé un très grand nombre de photographes professionnels et amateurs partout au Québec.

Si Antoine Desilets est le « king de la photo » dans les années 1970, Sylvain H. Boileau se sent bien vite un peu comme le « king de la place ». À l’époque, il faut dire que les journaux locaux joue un rôle très important dans la vie communautaire de Saint-Eustache et des villes et villages voisins. Pas de page Facebook ni Instagram : c’est dans les journaux locaux qu’on peut apprendre ce qui se passe dans notre région. Rapidement, Sylvain H. Boileau connaît les principaux acteurs de la vie politique, culturelle, sportive, commerciale et communautaire du comté de Deux-Montagnes. Et comme son visage paraît chaque semaine dans le journal, plusieurs le reconnaissent lorsqu’il a ses appareils au cou.

D’abord dans son propre véhicule puis dans un véhicule de fonction fourni par le journal, le photographe sillonne la région qu’il connaît bien vite par cœur. Il est le seul photographe officiel pour quatre ou cinq journalistes. Quand il passe la journée au bureau, c’est pour y développer les clichés pris dans les jours précédents. N’oublions pas que dans les années 1970 et 1980, il n’y a pas encore de photos numériques!

Celui pour qui « la photo, c’est l’instant présent » a adoré pratiquer le métier de photographe. Il a les yeux qui pétillent quand il en parle. Il a aimé côtoyer diverses personnalités publiques telles que Félix Leclerc, Angèle Arsenault et Pierre de Bellefeuille, mais aussi les gens de sa région. Que ce soit à L’Éveil, à La Concorde, au Nord-Info ou encore au Mirabel, Sylvain H. Boileau a toujours souhaité « transmettre les émotions, les peines des gens dans le milieu » grâce à ces photographies.

Pierre de Bellefeuille, député du comté de Deux-Montagnes, lors d'un évènement en hommage aux patriotes, circa 1987. (Ville de Saint-Eustache. Service des archives. Fonds Sylvain H. Boileau.)

En regardant les images du fonds Sylvain H. Boileau, on va à la rencontre de Saint-Eustache et des environs dans les années 1970 et 1980 et de ceux et celles qui y vivaient. Une photographie d’archive, c’est un regard particulier sur une période donnée. C’est un reflet des habitudes, des pratiques et des préoccupations d’un groupe de personnes. Discuter avec Sylvain Boileau m’a permis de comprendre comment il classait ses photographies, mais aussi et surtout, de bien comprendre l’importance des journaux à l’époque où il était photographe et, donc, la portée de ce fonds d’archives.

À venir : dans le troisième article de la série, je vous présente quelques-uns des évènements photographiés par Sylvain H. Boileau et je discute des utilisations possibles du fonds. Préparez-vous, grandes fêtes et manifestations politiques seront au rendez-vous!

À (re)lire : le premier article de la série Au « fonds » des choses : plongée au cœur des archives, sur la collection de cartes postales d’Émélia Lefebvre Granger.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Gouvernement du Québec. (2019) Antoine Desilets. Ordre national du Québec. https://www.ordre-national.gouv.qc.ca/membres/membre.asp?id=210 

Ville de Genève. (s.d.) Qu’est-ce qu’un fonds d’archives? Archives de la ville de Genève. https://archives.geneve.ch/n/qu-est-ce-qu-un-fonds-d-archives/n:109

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