Jacques Paquin : curé et historien amateur

À l’occasion des commémorations entourant le 175e anniversaire de décès du curé Jacques Paquin, Anthony M. Lafontaine, historien et chargé de projet, vous propose cinq textes pour en apprendre davantage sur ce drôle de personnage qui a marqué l’histoire eustachoise de plus d’une façon.

Cette série d’articles a été réalisée grâce au soutien financier du gouvernement du Québec, de la Ville de Saint-Eustache et de Desjardins Caisse de Saint-Eustache – Deux-Montagnes.
 

Les principales réalisations du curé Jacques Paquin sont connues : agrandissement de l’église de Saint-Eustache et du bâtiment qui deviendra le couvent Notre-Dame, mise sur pied de nombreuses écoles, aide aux victimes de la bataille de Saint-Eustache, etc. Son intérêt pour l’écriture, en revanche, est encore très méconnu. Il s’avère que le prêtre eustachois était un passionné d’histoire, au point où il a tenté de laisser sa marque dans ce domaine. C’est dans cette entreprise que ce personnage batailleur vit son plus grand échec et qu’il apparaît le plus vulnérable.

Le curé Paquin en 1837. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Le curé Paquin commence la recherche et la rédaction de ses Mémoires sur l’Église du Canada en 1830. Son œuvre est l’une des premières au Canada à tenter de raconter l’histoire de l’Église catholique séparément de l’histoire nationale, les deux étant habituellement liées dans les livres de l’époque. Paquin a notamment comme but de répondre à ceux qui critiquent l’institution religieuse et de « de faire connaître avantageusement le clergé canadien ». Il est grandement influencé par les travaux sur l’histoire du Canada de son paroissien et ami, le docteur Jacques Labrie, qui décède en 1831; il leur fait plusieurs fois référence dans son livre et en plagie des pans entiers. Afin de retracer l’histoire de l’Église catholique au pays, Paquin lit plus de 500 ouvrages, interroge plusieurs membres du clergé, visite les communautés religieuses et se déplace jusqu’à Québec pour consulter les archives de ce diocèse. Il va même jusqu’à faire du porte à porte pour recueillir les notes dont il a besoin.

Même inachevé, le travail est de taille imposante : Paquin a terminé l’écriture d’un premier volume de 1 160 pages, divisé en 10 livres qui sont eux-mêmes partagés en chapitres dont le nombre varie de 4 à 15. L’ouvrage est cependant loin d’un travail historien sérieux. En fait, l’auteur mélange les genres : on y trouve des pages qui portent sur des évènements et des personnages historiques, d’autres qui présentent des poèmes ou des chansons, et certaines encore qui prennent des allures de journal intime. En effet, le curé insère dans son travail « historien » des critiques liées à ses conflits personnels, notamment contre le Séminaire de Montréal. Il se permet aussi de faire des commentaires parfois irrespectueux envers des membres du clergé décédés, observant par exemple qu’un certain curé Chenet « était remarquable par la laideur de son visage et la beauté de son caractère ». Sa méthodologie est également douteuse, lui qui invoque souvent des rumeurs ou des anecdotes pour appuyer ses affirmations. 

Un extrait des Mémoires sur l'Église de Canada. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Une fois l’ouvrage bien entamé, Paquin cherche à obtenir la reconnaissance et l’approbation de l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, qui ne semble pas le prendre au sérieux. S’il permet au prêtre de quitter sa paroisse à certains moments pour approfondir ses recherches, il lui rappelle aussi qu’il s’agit d’une travail secondaire : « vous serez jugé non pas sur vos qualités d’historien, philosophe, littérateur, mais sur vos devoirs de pasteur ». En 1845, l’évêque de Montréal prêt l’introduction du livre de Paquin aux prêtres de Saint-Jacques qui s’amusent à le ridiculiser. Blessé, le curé eustachois fait tout de même parvenir la version finale du premier volume à Bourget : celui-ci le lui remet un an plus tard sans avoir fait un seul commentaire. Paquin comprend plus tard qu’il est victime d’une campagne de salissage de la part d’un jésuite, le père Félix Martin, futur fondateur du Collège Sainte-Marie. Le père Martin, qui travaille lui-même à la rédaction d’un livre sur l’histoire du Canada à ce moment, tente probablement d’écarter toute compétition. Toujours est-il que Mgr Bourget semble le préférer à Jacques Paquin.

Le père Félix Martin, date inconnue. (Dictionnaire biographie du Canada)

Malgré tout, le prêtre de Saint-Eustache est convaincu qu’il pourra faire publier son livre durant l’année 1847. Pour obtenir du soutien financier servant à payer l’imprimerie, il fait circuler un prospectus contenant un extrait de son travail et présente plusieurs fois son projet dans le journal La Minerve : « M. le Révérend Prêtre Paquin, curé de Saint-Eustache, est sur le point de publier l’ouvrage dont nous venons de donner le titre ». Pour paraître humble, Paquin fait ajouter dans le journal que ce sont ses amis qui insistent pour qu’il fasse publier le livre… Le curé Paquin décède cependant la même année et son manuscrit ne sera jamais mis sous presse.

Annonce de la publication du livre de Jacques Paquin, parue dans l'édition du 26 août 1847 du journal La Minerve. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

À venir : Jacques Paquin, un curé près de ses ouailles!

À (re)lire : l’article « Jacques Paquin : un curé querelleur »

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

CHARLAND, Thomas-Marie. « Les ’’Mémoires sur l’Église du Canada’’ de l’abbé Jacques Paquin », Rapport, revue de la Société Canadienne d’histoire de l’Église catholique, vol. 2 (1934-1935).

CHARLAND, Thomas-Marie. « Un curé de 1837 : « L’abbé Jacques Paquin » », Cahiers d’histoire de Deux-Montagnes, vol. 2, no. 3 (1979).

Correspondance du curé Jacques Paquin, Archives de l’évêché de Saint-Jérôme, Paroisse de Saint-Eustache, 1821-1847.

GIGUÈRE, Georges-Émile. « MARTIN, FÉLIX », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003.

La Minerve, « Mémoires historiques sur l’Église du Canada », 26 juillet 1847, p.2.

RODRIGUE, Louis-Joseph. « Messire Jacques Paquin, curé de Saint-Eustache de la Rivière-du-Chêne (1821-1847) », Société canadienne d’histoire de l’Église catholique, vol. 31 (1964) : 73-83.

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