Jacques Paquin, un curé près de ses ouailles

À l’occasion des commémorations entourant le 175e anniversaire de décès du curé Jacques Paquin, Anthony M. Lafontaine, historien et chargé de projet, vous propose cinq textes pour en apprendre davantage sur ce drôle de personnage qui a marqué l’histoire eustachoise de plus d’une façon.

Cette série d’articles a été réalisée grâce au soutien financier du gouvernement du Québec, de la Ville de Saint-Eustache et de Desjardins Caisse de Saint-Eustache – Deux-Montagnes.
 

On retient surtout de Jacques Paquin ses contributions matérielles à la communauté de Saint-Eustache : construction de l’église de Saint-Eustache, du futur couvent Notre-Dame, de plusieurs écoles de fabrique. On ne peut cependant pas comprendre pleinement le personnage sans s’attarder à son dévouement quotidien envers ses paroissiens et paroissiennes.

Pour le curé Paquin, une journée de travail normale compte entre 16 et 18 heures, peu importe son état de santé. Ainsi, il écrit en octobre 1823 qu’il a entendu les confessions de ses ouailles du matin au soir et ce, malgré qu’il souffrait de dysenterie, une infection qui provoque fièvre et diarrhée. Il n’est pas rare non plus de le voir passer toute la nuit auprès des malades ou d’accueillir chez lui les plus démunis du village. Cet investissement auprès des fidèles lui vaut leur sympathie, d’autant plus qu’il a la réputation d’être juste et impartial lorsqu’il tranche des conflits. C’est ce que retient de lui le seigneur de la Rivière-du-Chêne, Charles-Auguste-Maximilien Globensky : « Quoique brusque, prompt et rude, il était cependant universellement aimé et respecté par ses paroissiens, que d’ailleurs il aimait lui-même de toute la tendresse d’un véritable père. »

Charles-Auguste-Maximilien Globensky (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Comme tous les curés de l’époque, Paquin est très souvent sollicité par les fidèles pour obtenir une dispense d’empêchement de mariage de la part d’un évêque, c’est-à-dire que les amoureux n’ont théoriquement pas le droit de se marier – parce qu’ils sont cousins, par exemple – mais souhaitent obtenir une autorisation exceptionnelle de le faire. Ils s’en remettent alors au curé pour qu’il convainque l’évêque en question. Lorsqu’il juge la demande raisonnable, Paquin en fait une affaire personnelle et procède à la manière d’un avocat, diminuant la gravité de la faute de ses paroissiens et insistant sur les problèmes que causerait l’évêque en refusant la dispense. 

Ainsi, en décembre 1821, un dénommé Charles Dolbec confesse au curé Paquin qu’il a eu des relations sexuelles avec la cousine germaine de sa défunte femme. Un enfant étant né de ce « malheureux commerce », le prêtre de Saint-Eustache veut éviter qu’éclate le « scandale » et demande à Mgr Joseph-Octave Plessis de permettre le mariage, d’autant plus que « cet homme est disposé à faire tout ce qu’on voudra pourvu que Votre Grandeur lui accorde une dispense de mariage ». Devant les refus répétés de l’évêque, Jacques Paquin explose : « Mais quoi! Sera-t-il donc mieux à cet homme de laisser un monument de son infamie et de sa honte que de les effacer par le mariage […] Sera-t-il donc mieux d’abandonner une jeune fille jusque-là honnête, à l’infamie et au danger de continuer ses désordres avec quelques autres; et l’unique enfant qu’il a mis dans le monde sous un nom déshonorant ». Ignoré par l’évêque Plessis, Paquin ne lâche pas le morceau et lui réécrit deux ans plus tard pour souligner le bon comportement des deux personnes depuis l’envoi de sa dernière lettre. Pour pousser son supérieur à trancher en leur faveur, il évoque la possibilité que le couple se convertisse au protestantisme s’il n’obtient pas bientôt la permission de se marier. En 1823, pour aider un autre couple dans une situation similaire, Paquin n’hésite pas à jouer la carte de l’émotion auprès de l’évêque de Québec : « J’ai essayé, en vain, de leur faire abandonner ce projet et je crains que si Votre Grandeur refuse la dispense qu’il en arrive du scandale ou de la folie de ces jeunes gens, qui ne font que pleurer ».

L'évêque Joseph-Octave Plessis, vers 1810. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Au-delà des services qu’il leur rend, plusieurs habitants et habitantes de Saint-Eustache affectionnent la jovialité du curé Paquin et apprécient les conversations quotidiennes qu’ils ont avec lui. Celles-ci se terminent presque toujours par des taquineries et l’expression préférée du prêtre : « Tais-toi donc, l’original! » Certains et certaines se permettent même de se moquer de son excès de poids, ce qu’il prend avec humour. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses personnes viennent lui rendre hommage après son décès en 1847, plusieurs faisant le trajet depuis les paroisses voisines malgré le froid du mois de décembre et le mauvais état des routes.

Extrait d'un article sur les obsèques de Jacques Paquin paru le 16 décembre 1847 dans le journal La Minerve. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

À venir : l’église de Saint-Eustache et le couvent Notre-Dame, des projets menacés
À (re)lire : les articles « Jacques Paquin : un curé querelleur » et « Jacques Paquin : curé et historien amateur ».

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Correspondance du curé Jacques Paquin, Archives de l’évêché de Saint-Jérôme, Paroisse de Saint-Eustache, 1821-1847.

GLOBENSKY, Charles-Auguste-Maximilien. La Rébellion de 1837 à Saint-Eustache : précédé d’un exposé de la situation politique du Bas-Canada depuis la cession (Québec : 1883).

GRIGNON, Claude-Henri. « Un curé au temps des Patriotes », La Revue des Deux Montagnes, vol. 5 (1996) : 67-96.

La Minerve, 16 décembre 1847, p. 2.

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